Pourquoi vos indicateurs sécurité sont bons… et vos résultats mauvais ?

Ce paradoxe met en lumière un décalage fréquent : les chiffres officiels paraissent excellents, mais les accidents graves continuent de survenir dans les entreprises industrielles comme dans les services.​

Pourquoi les indicateurs sécurité sont bons mais les accidents continuent ?

Dans bien des organisations, tout semble en ordre. Le taux de fréquence des accidents reste sous les 27 pour 1000 salariés, comme le rapporte la CNAM en 2024. La gravité des incidents est sous contrôle, les audits ISO 45001 sont validés, les formations en qualité de vie au travail (QVCT) sont suivies, et les procédures sont régulièrement mises à jour. Pourtant, la réalité frappe plus durement : en France, un peu plus de 500 000 accidents du travail ont lieu chaque année, dont à peu près 750 mortels. On observe aussi des incidents qui se répètent, un non-respect des règles sur le terrain, un silence après les événements, et une augmentation conséquente des problèmes psychosociaux comme le stress ou la fatigue. Alors, que disent vraiment ces indicateurs ? Et surtout, que passent-ils sous silence ?​

Les limites des indicateurs sécurité traditionnels

Ces indicateurs, appelés « lagging » ou rétrospectifs, se basent sur ce qui a déjà eu lieu : les accidents déclarés, les résultats mesurables et la conformité aux règles formelles. Ils aident à regarder dans le rétroviseur, mais ne permettent pas d’anticiper les problèmes à venir. Des études comme celles de la FONCSI en 2025 montrent que leur lien avec les accidents graves est faible. En clair, un bon chiffre passé ne prédit pas un avenir serein.​

Analyse des indicateurs de sécurité au travail à partir de tableaux de bord HSE

Les sept angles morts des indicateurs sécurité en entreprise

Les recherches récentes de l’INRS, de la FONCSI et d’Eurogip convergent sur un point : une large part des risques échappe aux indicateurs classiques, en particulier ceux liés aux dimensions humaines et organisationnelles.

1. La non déclaration des incidents et presqu’accidents

La non déclaration est le premier écueil. Quand les taux deviennent un objectif de performance, les équipes hésitent à signaler les petits incidents ou presqu’accidents. Les travaux d’Eurogip montrent que, dans certains pays et secteurs, seule une fraction des accidents est effectivement enregistrée, ce qui signifie que de nombreux événements restent hors des radars.

2. Les facteurs mentaux invisibles dans les statistiques

Viennent ensuite les facteurs mentaux, comme la fatigue ou le stress, qui concernent une proportion importante de salariés. Des enquêtes récentes indiquent qu’environ 64 % des salariés déclarent ressentir du stress au travail au moins une fois par semaine. Ces facteurs réduisent la vigilance sans laisser de trace dans les statistiques d’accidents, tout en pesant lourdement sur les risques.

3. Le manque de sécurité psychologique

La culture de sécurité pose aussi problème. Si les employés craignent un blâme ou n’ont pas le sentiment de pouvoir dire « stop », ils se taisent. Ce manque de sécurité psychologique, concept clé popularisé par Amy Edmondson, freine le signalement et empêche la remontée d’informations essentielles.

4. L’écart entre travail prescrit et travail réel

Le travail réel diffère souvent du travail prescrit sur le papier. Les équipes improvisent face aux imprévus ou à la pression, mais ces adaptations n’apparaissent nulle part. L’ergonomie et les analyses d’accidents de l’INRS soulignent que ces écarts jouent un rôle important dans la genèse des événements.

5. Les signaux faibles et la baisse progressive de vigilance

Les signaux faibles sont plus subtils. Tout paraît stable jusqu’à la rupture. Après de bons résultats, la vigilance baisse naturellement, comme le notent les analyses FHOS, ce qui retarde la détection des dérives avant l’accident.

6. Les biais managériaux

Les biais managériaux entrent également en jeu. Une certaine complaisance peut s’installer, ou la production peut primer implicitement sur la sécurité, influençant les décisions quotidiennes sans que cela ne soit visible dans les indicateurs.

7. Les écarts organisationnels et les failles de pilotage

Enfin, les écarts organisationnels constituent un angle mort majeur. Les conflits d’objectifs, les arbitrages implicites ou les sous traitants insuffisamment vérifiés créent des zones de risque que les indicateurs classiques ne captent pas.

Quand de bons indicateurs sécurité augmentent le risque réel

Ironie du sort : des indicateurs positifs créent une fausse sécurité. Plusieurs enquêtes montrent que des indicateurs positifs peuvent réduire significativement les audits terrain et la vigilance. Inversement, un leadership qui favorise l’écoute et le retour d’expérience augmente nettement les remontées d’information ? Les analyses comportementales confirment que la grande majorité des accidents (souvent plus de 80-90%) pourraient être évités par de meilleures pratiques et une meilleure anticipation. 

Comment compléter les indicateurs sécurité pour mieux prévenir les accidents

Les entreprises performantes complètent ces indicateurs par des mesures « leading » ou prospectives : observations terrain, questionnaires anonymes sur la culture de sécurité, discussions ouvertes et analyses des écarts humains. Les analyses comportementales montrent que la grande majorité des accidents (souvent plus de 80%) pourraient être évités par de meilleurs comportements. Lorsque l’encadrement donne du sens, montre l’exemple et crée un climat de confiance, les salariés signalent davantage les situations à risque, car ils se sentent autorisés à parler sans crainte de sanction.

voir : ACCOMPAGNEMENT GLOBAL / ATELIER SANTÉ MENTALE

Pourquoi la santé mentale influence-t-elle directement la sécurité au travail?

En 2025, nul ne peut ignorer le lien. La peur de parler est un risque en soi. La surcharge mentale déclenche des erreurs, et le stress chronique vole la vigilance. La sécurité physique repose donc sur le bien-être mental et l’organisation globale, intégré aujourd’hui dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP).​

Des indicateurs rassurants ne garantissent pas une organisation sûre. Ils révèlent parfois un silence organisationnel.​

Notre contribution

Chez C2Dprévention, nous accompagnons les organisations industrielles et tertiaires pour dépasser ce paradoxe. Nous déployons des diagnostics culturels via des questionnaires éprouvés, des formations axées sur le rôle managérial et des tableaux de bord hybrides intégrant RPS et signaux faibles. Nos interventions permettent de réduire les angles morts, via des espaces de dialogue sécurisés. Contactez-nous !

À retenir

  • Les indicateurs classiques mesurent le passé déclaré, mais ignorent plus de 50% des risques via sept angles morts principaux mis en lumière : non-déclaration, facteurs mentaux, culture de sécurité, travail réel, signaux faibles, biais managériaux et écarts organisationnels.​
  • De bons chiffres créent une fausse assurance, réduisant la vigilance et les audits terrain.​
  • Complétez par des indicateurs leading : observations terrain, questionnaires sécurité psychologique et dialogues ouverts.​
  • Sécurité physique et mentale sont liées : intégrez RPS au DUERP pour anticiper.

FAQ

Pourquoi peut on avoir de bons indicateurs sécurité et encore des accidents graves ?

Parce que les indicateurs sécurité classiques mesurent surtout des événements passés et déclarés. Ils ne captent pas les facteurs humains, organisationnels et mentaux qui précèdent les accidents graves, comme la fatigue, la peur de parler ou les arbitrages terrain.

Que mesurent réellement les indicateurs sécurité traditionnels ?

Ils mesurent principalement la conformité réglementaire, les accidents déclarés, les résultats finaux et le respect des procédures. Ils donnent une vision rétrospective mais très limitée du niveau réel de sécurité au quotidien.

Les indicateurs sécurité sont ils inutiles ?

Non. Ils sont nécessaires mais insuffisants. Le problème apparaît lorsqu’ils sont utilisés seuls, sans indicateurs complémentaires permettant d’anticiper les risques futurs et de comprendre le travail réel.

Pourquoi les salariés ne déclarent ils pas les situations dangereuses ?

La non déclaration est souvent liée à la peur du recadrage, à la pression sur les résultats, à une culture de blâme ou à la conviction que signaler ne changera rien. Cela crée un silence organisationnel trompeur.

Qu’est ce qu’un indicateur sécurité « leading » ?

Un indicateur leading est un indicateur prospectif. Il s’intéresse aux comportements, aux perceptions, aux signaux faibles et aux conditions de travail avant qu’un accident ne survienne, contrairement aux indicateurs classiques dits lagging.

Quels sont les principaux angles morts des indicateurs sécurité ?

Les plus fréquents sont la non déclaration, la fatigue et le stress, la culture de sécurité, l’écart entre travail prescrit et travail réel, les signaux faibles, les biais managériaux et les fragilités organisationnelles.

Sources

C2D Prevention. (2025, 17 décembre). Comment comprendre et mettre en œuvre la sécurité psychologique au travail en 2025https://www.c2dprevention.com/blog/comment-comprendre-et-mettre-en-oeuvre-la-securite-psychologique-au-travail-en-2025/

CNAM. (2023). Tableaux de synthèse des statistiques nationales de sinistralité AT/MP 2023https://www.formaprev21.fr/media/original/2023-synthese-sinistralite-pour-chaque-ctn-297171.pdf

DARES. (2025, 22 octobre). Les accidents du travailhttps://dares.travail-emploi.gouv.fr/donnees/les-accidents-du-travail

Drieets Île-de-France. (2025). Prévention des accidents graves et mortels au travail 2025https://idf.drieets.gouv.fr/sites/idf.drieets.gouv.fr/IMG/pdf/06_risquespro-dp_2025.pdf

Eurogip. (2023). Estimations actualisées du phénomène de sous-déclaration des accidents du travail en Europehttps://eurogip.fr/wp-content/uploads/2023/12/EUROGIP-2023-Sous-declaration-des-AT-en-Europe.pdf

FONCSI. (2022). Facteurs humains et organisationnels : État de l’arthttps://www.foncsi.org/fr/publications/cahiers-securite-industrielle/facteurs-humains-et-organisationnels/CSI-FHOS-etat-art.pdf

INRS. (2025). Hygiène et sécurité du travail n°279https://www.inrs.fr/dam/jcr:387a799c-5161-4bf3-98ed-d7a7a40c1f5f/HST279_COMPLET.pdf

INRS. (2025). Analyse des accidents du travailhttps://www.inrs.fr/demarche/analyse-accidents-travail/ce-qu-il-faut-retenir.html

Le Point. (2025, 26 novembre). Le nombre d’accidents du travail en net repli en Francehttps://www.lepoint.fr/economie/le-nombre-d-accidents-du-travail-en-net-repli-en-france-26-11-2025-2604070_28.php

myRHline. (2025, 29 juin). Stress au travail en 2025 : 64% des salariés restent sous pressionhttps://myrhline.com/type-article/stress-travail-2025/